Adrian Fernandez Garcia

Clé à molette

Béton armé, palan et boîtier de commande électronique
320 x 90 x 27 cm
Bourses des Fonds Berthoud, Lissignol-Chevalier et Galland 
Centre d’Art Contemporain (CAC) – Genève, 2017
Crédits photos : © Artiom Missiri

Sur le sol, des éclats de poussière blancs ont été soufflés puis figés. Souvenir d’un effondrement, ils sont les témoins de quelques pas faits en arrière. Un recul pour une distance de sécurité, en réponse au suivi du mouvement donné.
Au regard levé, la masse grise nous surplombe. — Reconnaissance de l’objet incontournable extrait de la boîte à outils. — Agrandi, il ne semble plus que pouvoir se serrer et se desserrer lui-même, puni par sa propre fonction. Il a perdu de sa brillance chromée pour devenir rêche et strié de bulles d’air, devenues sa fragilité. Sur un chantier, instrument qu’on aurait oublié, il s’enfonce dans la matière pour finalement s’en accaparer et la devenir. Excroissance de son paysage.

Et puis, dans l’observation de sa décomposition, réminiscence du jouet articulé qui nous fascinait : pression par le pouce sous sa plateforme pour donner vie au personnage mou et fragmenté. Le ressort du Wakouwa relâché, tous les morceaux de bois, devenus parfaitement alignés, dressaient la figure avec violence.

Ici, la colonne a gardé la même ferveur, au point de se surélever puis de s’effondrer en continu, seule. L’impulsion s’est transformée en étirement, le câble qui la traverse est dorénavant celui qui dirige la manœuvre, imitant une grue qui userait de sa force à la construction ou au débarras d’une structure. La forme continue de s’ajuster au gré du mouvement.

Lorsqu’elle est déployée, les morceaux, décalés et empilés les uns sur les autres, dessinent un faux équilibre et signalent l’action à venir. Dans ce temps de suspension, le vertébré s’immisce parmi les piliers de soutien du bâtiment.
D’un relâchement soudain démarre une chute lente, parfois rotative. L’espace s’imprègne de l’ossature en béton, répétant des gestes fantômes qui auraient pu se faire dans l’ancienne usine que le lieu accueillait.

Les membres de l’outil s’usent une fois de plus contre le sol. Le tas, lorsqu’il est inerte, détermine une zone archéologique, un vestige à visiter : il est interdit de le toucher et on le regarde avec prudence, on imagine ce qu’il avait été.
Un nouveau temps, moins aérien se fige. On s’est éloigné comme face à un objet cassé, inutilisable. Le leurre réussit, l’animal meurtri se remet en mouvement. À chaque fois, on doute de sa capacité à se redresser. Pourtant, les blocs lourds et épais maîtrisent l’accident à volonté. Le pantin s’articule, remonte le temps ou le fige. L’objet se joue et se répare maintenant de lui-même, nous gardant à l’écart.

Caroline Bourrit