Gian Losinger

Gian Losinger (*1996) is a lens based artist. He works in his immediate surroundings, feeling that there is a connecting quality in everyday moments and things. His works don’t focus on what we think we know of the world but on what we can see of it. They can be read as everyday still lifes inscribed in the history of vanitas imagery. Gian has studied Art History and sustainable development in Bern. It was there that his interest for alternative ways of living on and with this planet and its beings, and also his belief that art can act as a tool of research for such questions, deepened.

Born in 1996, lives and works between Bern and Lausanne.

Currently, he is studying fine arts at HEAD – Geneva, and will obtain his bachelor’s degree in 2022.

His works have been shown at Galerie Bernhard Bischoff & Partner, Stadtgalerie Bern, Fabienne Levy Gallery and others.

The photographs are an invitation to look at the world with a compassionate gaze, free of judgement and full of questions. They don’t focus on what we think we know of the world but on what we can see of it. They can be read as everyday still lifes inscribed in the history of vanitas imagery. They deal with a variety of things, what connects them is that they talk about what it feels like to be alive for me.
Whilst every one of them depicts a singular moment, as an installation they form a whole and invite you to consider all those moments happening simultaneously in this space and time. They show how I look at the world, with a tender and caring gaze, trying to observe and enjoy it rather than exploit it. They are a personal and utopian space.

I try to let images happen to me, rather than take or capture them. I am not hunting for images. I am no predator. Working in the field of photography, I try to be aware of and let go of this falsely objective gaze practiced over decades. I try to create pictures that are not rooted in this false objectivity, nor want to show what is right and wrong, but open a space without the need to answer or define things. My own ambiguities, questions and inadequacies have space in the work. I try to speak – through a subjective and personal representation of the world that surrounds me and I am part of – about the things that I can speak about, without appropriating things that are foreign to me. I look at the world, let it touch me and touch it. I wish to soften the hierarchy of the photographer and the photographed and be just as vulnerable. I try to let go of the need to present the new to my peers, but rather invite them to reflect on our own world and being, as I believe that there is a connecting quality in everyday things and moments. I try to intervene and add as little as possible to the things and beings I see. I try to look at the world with open eyes and an open heart and share that attempt in images.

Gian Losinger, 2022

All images : DR / RR The Artist, 2022

Jürgen Eisenacher – Selected Works

I avoid explaining my art. The viewers should be able to associate freely and make their own picture, as I can always discover new things in it. It is important to me that a picture holds a secret.
Thematically it is about love, the absurd, grotesque, queer, abysmal, religious, longing and demanding.

J. Eisenacher, 2022

Born in 1964 in Frankfurt am Main he works and lives in Berlin.

Full PDF available upon request to : showroom@vanderloveletter.com

Images : DR / RR The Artist, 2022

Nikias Imhoof – Skiagraphie, dessin le l’ombre

Solo show chez ProjetM
Exposition du 20 mai au 14 juin 2022
Vernissage le 19 mai 2022 à partir de 18h

Galerie ProjetM, MottAttoM , 20 bis av. Giuseppe Motta

Un arbre pointe du doigt 
Et les rues se renversent 
Les immeubles s’étirent 
Et entre les vitres 
Une fleur de fer forgé

Pour Henry Fox Talbot, un des pionniers de la photographie, les images naissent sous « le crayon de la nature ». Ainsi le monde se dessinerait de lui-même sur la pellicule et le photographe laisserait simplement l’image advenir. 

C’est ce même « crayon de la nature » qui dessine les ombres à l’image des choses : photographier des ombres (comme d’ailleurs des reflets) revient donc à faire des images d’images. C’est à ce phénomène que fait référence ici le mot « skiagraphie », sorte de terme négatif et complémentaire de la « photographie ». 

Dans la continuité de mes deux premières expositions, je présente à MottAttoM une pellicule entière (soit 39 images et une amorce). Toutes les images, mis à part l’amorce et les trois dernières, ont été prises en une semaine à Athènes, en août 2021, au hasard des mes déambulations. L’amorce a été prise sur le bateau m’amenant à Athènes et les trois dernières images à Genève, à mon retour de Grèce. Les ombres et les reflets sont les sujets principaux des cette pellicule qui a été tirée sur papier argentique pour tenter de rendre au mieux leurs nuances et leurs contrastes.

J’ai choisi de recomposer la pellicule, dans l’espace de MottAttoM, autour de chacune des images prises à Genève. La pellicule, liant ainsi différents lieux (et différents instants), devient elle-même un espace (-temps) : le lieu où l’ombre du monde se recueille.

Nikias Imhoof

Galerie ProjetM, MottAttoM , 20 bis av. Giuseppe Motta

Images : DR / RR Nikias Imhoof, 2022

PDF complet des pièces de Nikias Imhoof disponibles via le Showroom VDL.

AUDREY GUTTMAN – POPPY JONES – YOORA LEE – CHLOÉ WEST

GROUP SHOW À LA GALERIE MIGHELA SHAMA

EXPOSITION: DU 6 MAI AU 25 JUIN 2022

Audrey Guttman – Les Inventions Sauvages – Pigment print on cotton paper 130 x 90 cm, 2022

VERNISSAGE
JEUDI 5 MAI 2022
DE 17 À 20H.

MINUTIAE

Comme par miracle, lorsqu’elles sont regardées sous le prisme du détail, les choses ou les êtres du quotidien se métamorphosent en devenir un « petit important », pour débrider la perception du spectateur. Au-delà du conscient, l’esprit s’envole et vagabonde devant les moitiés de corps vaporeusement entremêlées de Yoora Lee, les découpages d’intérieurs intimes ou les morceaux de fleurs sensuelles de Poppy Jones, les gros plans de mains et pieds crûment entrelacés de Chloe West ou les collages subtils d’Audrey Guttman dénonçant les réalités de notre monde.

Le détail n’est jamais accidentel, jamais anodin, lorsqu’il est sérieusement cadré. Le regardant n’a plus à le chercher dans une fresque immense comme ce divin toucher de genou d’Andrea Mantegna dans la chambre des époux au Palais Ducal de Mantoue qui n’est pas sans rappeler celui des humains rencontrés par Yoora Lee à l’époque contemporaine. Dans la réalité, un détail est parfois accidentel mais dans l’art, l’insignifiance n’existe pas. La scène, la personne, l’objet que l’artiste veut isoler, circonscrire, zoomer vient de sa volonté à provoquer cette « jouissance du détail » si bien décrite par l’historien Daniel Arasse.

Sous leur œil contemporain, cet accrochage s’inscrit dans une tradition qui existe depuis des siècles, tout en lui donnant un nouveau visage. Personne n’a mieux sublimé le détail au XXe siècle, que le peintre romain, Domenico Gnoli, à l’honneur récemment à la Fondation Prada à Milan. Sous son pinceau, une chevelure, une boutonnière, une rayure de cravate devient un sublime auquel, peut-être, on n’aurait jamais prêté attention.

Il fallait relever le défi. Ces quatre artistes l’ont fait, réunies par une même passion du détail, pour certaines sans le savoir. C’est ce lien que la galeriste Mighela Shama a eu l’ingéniosité d’établir entre toutes.

L’artiste Belge Audrey Guttman qui vit et travaille à Paris part d’un détail, comme ce gant de conduite automobile provenant d’une photo publicitaire avalé par la bouche d’une femme ou comme ces doigts au vernis à ongle rouge trouvés dans un Paris Match des années 1950 formant la chevelure d’une femme. Après des études à Sciences Po et une spécialisation dans la poésie italienne, elle est devenue artiste depuis quatre ans et a déjà exposé chez Ketabi Projects (Paris) ou au Hangar Photo Art Center (Bruxelles).

Le message de sa nouvelle série, mêlant collage et tirage pigmentaire sur papier coton, est clair, percutant, cinglant. Depuis toujours, elle amasse les images de livres et magazines dans ses tiroirs. Elle fouille et découpe jusqu’à ce que l’évidence s’impose, parfois tendre, parfois grinçante.

Déconstruire et réassembler des fragments d’images afin de perturber nos connaissances et révéler des parallèles inattendus, tel est le sens du travail de la Coréenne basée à Chicago, Yoora Lee. Elle dévoile des corps et des attitudes, dans une toile comme perçue à travers un écran, par ses filtres bleus et ses stries horizontaux. Nostalgique des moments passés adolescente devant la télévision ou sur internet dans les années 90, l’artiste cherche à recomposer cette bulle dorée d’une époque durant laquelle la Corée du Sud a connu la prospérité économique et vivait pleinement sans se préoccuper de l’avenir. Il flotte une grande mélancolie dans ses cadrages de corps qui s’unissent et se désunissent au gré des angles de vue. Ses scènes intimistes de la vie de tous les jours prennent alors l’aspect de subtils autoportraits.

La Britannique Poppy Jones diplômée du Royal College of Art trouve ses sujets dans son quotidien de la campagne du Sussex. Les objets familiers qui l’entoure nourrissent ses œuvres comme un rideau d’un intérieur traversé par la lumière, une veste baignée dans un océan bleu, ou un bouton de fleur qui éclot de manière très sensuelle. L’artiste part de photographies qu’elle retranscrit sur un support en tissu repeint à l’huile et à l’aquarelle. Elle fait elle-même ses cadres en aluminium. Généralement, elle excelle dans les petits formats. Pour la première fois, elle dépasse cette échelle, avec une œuvre de 40 par 33 cm. Son regard capte la fragilité du quotidien, l’insaisissable de la vie en laissant une empreinte sur le support qui semble déjà patiné par le temps.

Chloe West –Lamentation – Oil on linen 30.5 x 23 cm, 2022

Née à Cheyenne (Wyoming) et basée à St. Louis, Chloe West (diplômée d’un master of fine art à l’Université de Washington à St. Louis en 2017) explore quant à elle le corps et sa relation avec les espaces qu’il habite. Elle peint la carnation des peaux et leurs surfaces dans des instants d’intimités, avec des tons crus qui évoquent leur plénitude ou douleur. Elle tire son répertoire des époques médiévales ou de la Renaissance, en particulier de la peinture hollandaise et flamande. Si bien que ses corps nus sont comme des vanités. Est-ce son propre corps de femme qu’elle peint par fragments?

Dans ces quatre approches, il y a beaucoup de mystère à déchiffrer dans les menus détails…

Texte par Béatrice de Rochebouet, 2022